PÉRÉGRINATIONS NÉPALAISES

PÉRÉGRINATIONS NÉPALAISES

Bravant la fraîcheur de ce petit matin de pleine lune, plus de cent vingt mille Népalais, Bouddhistes, Hindous et Sikhs confondus, se sont retrouvés sur le hauteur de Patan pour une pérégrination (yatra) de 24 heures entre Katmandou et Patan, paralysant totalement la circulation dans toute la vallée et forçant la population à se rendre au travail à pieds.

Selon la légende cet évènement commémore le fait que le Bouddha du passé, Diphankhara donna vie à une statue de Neel Thu, le Taureau Bleu, mais celui–ci fut dérobé par un grand Maître indien. Les prêtres essayèrent de récupérer leur taureau mais celui-ci se perdit et erra pendant 3 mois, visitant 131 lieux sacrés de la vallée, avant de retrouver le chemin de son temple.

Selon d’autres sources, cette grande pérégrination aurait été instauré au XIX ième siècle par les souverains Mallas pour rétablir la coexistence pacifique entre les communautés Hindous et Bouddhistes qui s’affrontaient sur des questions de conversions forcées…

Normalement célébré tous les 19 ans, la précédente édition n’eut pas lieu car les prêtres avaient oublié cette histoire mais après 38 ans, ils décidèrent en quelques jours de remettre la procession au gout du jour : la foule des dévots s’est donc élancée sur les traces du Taureau Bleu pour une longue marche reliant le Temple d’Or de Patan et celui de Pashupatinath, les villages de Bungamati et de Kokhana et les Stupas de Swayambounath et de Bouddhanath, pour revenir après 27 heures et près de 60 km de marche ininterrompue, à son point de départ.

Dans le désert politique dans lequelle erre le pays, sans sauveur apparent et face à un avenir incertain, est-ce que le Taureau Bleu ne serait pas le Veau d’Or à qui se raccrocher pour retrouver un sens, une direction, pour se donner des repères et pouvoir de nouveau envisager un avenir plus serein ? Cent vingt mille Népalais en paradant pacifiquement les rues de la capitale semblent avoir voulu montrer qu’ils avaient besoins de repères pour continuer à vivre, pour continuer d’espérer, et qui oserait leur jeter la pierre ?

Jerome Edou
En ce jour d’éclipse de pleine lune,
Kathmandou, le 17/10/05

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