Femme et guide au Népal

Femme et guide au Népal

Du Camp de base de l’Everest au Sanctuaire de l’Annapurna, sur les sentiers du Comunity Trek à Kopra ou dans les temples du Haut Mustang, dans une précédente publication nous vous avions présenté Anita Rajkarnikar, guide francophone de trekking chez Base Camp Trek qui arpente toute l’année l’Himalaya népalais. Elle nous avait expliqué son envie de devenir guide et son quotidien, alliant vie de famille et son travail de guide de trekking au Népal. Aujourd’hui nous allons vous parler d’autres femmes qui, comme Anita, ont décidé de montrer qu’être guide de trek est aussi un métier de femme, malgré les critiques des proches et/ou la réticence de certains hommes. C’est avec plaisir que nous les mettons en avant dans cet article.

Il est vrai que la première image qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque les sherpas, les porteurs, et les guides qui encadrent les treks dans le massif des Annapurna ou sur les sentiers de l’Everest, on pense à des hommes. Et pourtant, aujourd’hui de nombreuses femmes se sont engagées dans les métiers de la montagne avec courage et fierté.

L’association « Empowering Women of Nepal » a été créée en 1999 par 3 sœurs népalaises: Dicky, Nicky et Lucky Chhetri et son but premier est d’améliorer les conditions de la vie des femme népalaises. En lien étroit avec leur agence de trek qui supporte financièrement les projets, cette association permet de former des femmes dans les activités liées au tourisme comme l’environnement, la communication, la gestion de groupe et la culture. Ces 3 sœurs ont dont ouvert une agence de trek exclusivement réservée aux femmes, puisqu’elles se sont rendues compte très rapidement que les femmes avaient parfois des problèmes avec certains guides masculins aux comportements déplacés ou malintentionnée envers elles. Après avoir reçu plusieurs témoignages dans ce sens, elles ont décidé de se lancer dans l’aventure.

Les trois sœurs ont baigné dans le tourisme depuis leur plus jeune âge puisque leurs parents étaient gérants d’une Guesthouse. Lucky a par la suite suivi une formation de guide et s’est rendu compte qu’il était très difficile d’obtenir un travail dans ce monde qui semblait n’être réservé qu’aux hommes. C’est là que le déclic a eu lieu et que toutes les 3 ont décidé d’ouvrir une agence de trekking féminine à partir de Pokhara, spécialisé dans les treks dans le Massif de l’Annapurna et du Mardi Himal.

Au travers de leur association, elles offrent à des jeunes femmes népalaises d’accéder à plusieurs formations liées au métier de guide : des formations aux premiers secours et aux gestes qui sauvent dans les conditions parfois isolées de la montagne, des formations au mal d’altitude fréquent sur les hauts treks du Mustang, de l’Everest ou du Manaslu ; elles apprennent bien sûr l’anglais pour pouvoir comprendre et interagir au mieux avec leurs clients. Elles reçoivent aussi une initiation à l’hygiène, au tourisme durable et une sensibilisation à l’environnement. Ces formations sont entièrement prises en charge par l’association et les futures guides n’ont pas besoin de les payer (une formation coûte environ 500 euros). Grâce à ces formations et à l’implication des sœurs qui parcourent le Népal pour faire connaître leur agence, l’équipe compte déjà 80 femmes et environ 500 femmes ont été formées depuis la création de l’association.

Certaines voyageuses trouvent très rassurant d’être encadrées que par des femmes lorsqu’elles voyagent seules ou entre amies. Le fait de proposer des treks accompagnés par des femmes (guides, assistantes, cuisinières, porteuses) pour des femmes serait un motif supplémentaire pour entreprendre un trek au Manaslu ou au Langtang et faciliterait la communication et permettrait de développer une complicité partagée et trans-culturelle.

Les 3 sœurs proposent également les nuitées dans leur Guesthouse lors du trek. Il n’y a pas d’intermédiaire durant leur voyage et tout s’organise avec elles. Plusieurs articles montrent que les femmes guides qui ont été employées par les 3 sœurs et qui encadrent des groupes sont très heureuses et se sentent enfin épanouies car elles ont eu la possibilité d’accéder à des formations et d’effectuer un métier et ce malgré le jugement de certains. Sachez qu’il est donc possible aujourd’hui d’effectuer un voyage uniquement entre femmes. A la suite des ‘’Three Sisters’’ plusieurs agences népalaises organisent des voyages et des treks entre femmes, au Mustang, au Dolpo, dans les Annapurnas ou à l’Everest. C’est le cas notamment de Base Camp Trek, agence francophone de Katmandou, qui emploie aujourd’hui plusieurs guides et assistantes féminines comme Sun Maya et Anita, toutes deux originaires de la région de Katmandou.

De son côté, Yangkyi est originaire du famille plus que modeste de de la région de l’Everest. Comme souvent au Népal dans les familles pauvres, l’éducation des filles, qui quitteront définitivement leur famille au moment du mariage, est souvent sacrifiée au profit des garçons qui eux supporteront toute la famille. Faute de moyens, Yangkyi quitta l’école très jeune et commença à travailler. Elle rencontre un français originaire d’Annecy qui va alors faire basculer sa vie. Il la prend sous son aile et lui permet de retourner à l’école. Se rendant compte de son fort potentiel il envisagea de l’envoyer continuer ses études aux Etats-Unis, chose qu’elle refuse. En 2007 elle part à Annecy où elle apprend le français. De retour à Katmandou elle suit plusieurs formations et devient très rapidement guide. Elle occupe ce poste dans la même agence durant 5 ans. Elle se rend compte que la situation est difficile en tant que femme pour pouvoir accéder aux mêmes conditions et au même respect qu’un guide masculin mais continue et s’impose. Ayant réussi l’ascension de l’ Everest l’an passé avec deux autres femmes elle a souhaité envoyer le message suivant à toutes les jeunes filles népalaises qui n’osent pas s’affirmer face aux réticences des familles : tout est possible, pour les femmes comme pour les hommes, et il est important de rester au pays et de s’y épanouir plutôt que de s’expatrier. Très fière d’avoir accompli cette ascension, elle ne va pas s’arrêter là puisqu’elle envisage déjà de proposer des formations à d’autres femmes, de donner des conférences pour encourager les femmes Népalaises à rester au Népal et à se réaliser dans leur pays.

Une autre belle histoire est celle de Dawa Yangzum Sherpa qui fut la première femme népalaise à obtenir la certification de l’Union Internationale des Guides de Montagne. Comme d’autres, elle a dû faire face à de nombreuses critiques et s’est souvent entendu notifier que ce n’était pas un métier pour une femme et qu’elle ne trouverait pas sa place dans ce milieu masculin. Avant elle, la cinquantaine de guides népalais qui avaient obtenu cette certification n’était que des hommes ! Elle a commencé à guider des clients à l’âge de 17 ans dans le massif de l’Everest puis elle s’est tournée vers l’alpinisme : elle a à son actif de nombreuses ascensions . En 2012, National Geographic Society la contacte pour une expédition à l’Everest. Puis En 2014, elle participe à la première expédition de femmes népalaises au K2. En poursuivant sa carrière de guide de trekking et d’alpinisme, elle espère inspirer d’autres femmes grâce à son courage et ses exploits.

Marie RUNSER
Stagiaire chez Base Camp Trek
Katmandou, Aout 2019

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